Campement d’esclaves (détail). -
Dessin de Maillart, d’après un croquis
de A. Coffinières de Nordeck, in
A. Marche, 1877." Vu de l’extérieur, c’était un immense enclos défendu par des palissades de 12 pieds de haut affilées à leur extrémité. Ayant franchi la porte... je me trouvai au milieu d’une grande quantité de hangars entourés d’arbres sous lesquels étaient couchées... assez de créatures pour peupler un grand village d’Afrique... "
Paul du Chaillu, Voyage dans l’Afrique équatoriale, Paris, Lévy, 1863.
" A deux heures de l’après midi, un drapeau fut hissé au sommet du palais du roi... c’est le signal de l’apparition d’un négrier. On reconnut un schooner d’environ 170 tonneaux. Il arriva vite et mit en panne à quelques milles du rivage ; tout aussitôt je vis sortir... des troupeaux d’esclaves qui furent rapidement dirigés vers le point de la côte le plus rapproché du navire... Les hommes étaient toujours enchaînés six par six, mais ils avaient été lavés et portaient des vêtements propres. Les pirogues... contenaient chacune près de 60 esclaves... Ces pauvres êtres... semblaient terrifiés à en perdre le sens.... les yeux fixes... en proie à une épouvante si affreuse que personne n’en a vu ni senti de pareille... "
Paul du Chaillu, Voyage dans l’Afrique équatoriale, Paris, Lévy, 1863.
Et plus tard, plus loin :
" L’esclavage est la pire chose qui ait jamais existé dans le monde. Il y avait des choses incroyables, mais j’ai encore des cicatrices sur mon vieux corps pour en témoigner. J’ai vu des choses pires que celles qui me sont arrivées à moi. Je les ai vu mettre des hommes et des femmes à la bûche, les mains prises dans une planche, les pieds attachés et nus devant tout le monde. Salomon, le grand contremaître les battait avec un grand fouet pendant que le maître regardait. Les autres nègres n’avaient pas intérêt à s’arrêter dans les champs quand ils les entendaient hurler. Leur chair était entamée jusqu’à l’os, et certains, une fois qu’on les avaient recouchés dans leur lit, ne se relevaient pas...
Esclave à la bûche. - Dessin de Du Chaillu, in Du Chaillu, 1868.
" ...Une fois, ma mère et mon père nous emmenèrent, Katherine et moi, dans un endroit où on priait et chantait. Un nègre à la barbe blanche dit qu’un jour viendrait où les nègres ne seront les esclaves que de Dieu. Nous priâmes pour la fin de nos tribulations et pour la fin des bastonnades et pour avoir des chaussures à notre taille. Nous priâmes pour que nous les nègres puissions avoir tout ce que nous voulions à manger et surtout de la viande fraîche. Les vieux nous dirent qu’il fallait tout supporter, car nous n’avions pas le choix. Certains dirent qu’ils avaient hâte de mourir, car ils préféraient pourrir dans la terre plutôt que d’être battus. Ce que je détestais le plus c’était qu’on me batte sans raison, et je détestais qu’ils me mettent nue..."
Mary Reynolds, Dallas, vers 1936, ancienne esclave.
" Je suis vraiment heureux de ne plus être esclave. Je remercie Dieu de m’avoir laissé vivre jusqu’en 1937. Je suis heureux et satisfait maintenant, et j’espère voir passer encore un million d’années... Je n’ai jamais eu de bon temps avant d’être libre. Je suis né à la plantation de Monsieur Toler, en Virginie, près de Lynchburg, dans le comté de Campbell. Mon père était esclave, ma mère aussi. Il s’appelait Georges Washington Toler, et elle, Lucie Toler. Nous portions le nom de notre propriétaire, et nous vivions dans une hutte loin derrière la grande maison... "
Richard Toler, Cincinnati, 1937, ancien esclave.
Extrait de American slave narratives.